Comment la Francophonie mondiale se transforme-t-elle ? Qui parle français aujourd’hui et quels sont les défis qui l’accompagnent ? Ces questions étaient au cœur d’une conférence interactive organisée par l’Agence universitaire de la Francophonie (AUF) le 28 mars dernier à l’Université de Montréal. Mobilisant ses trois observatoires partenaires au Québec-Canada, l’AUF a proposé une réflexion approfondie sur les dynamiques linguistiques, économiques et sociales qui redessinent les contours du monde francophone.
Organisé en format hybride, l’événement a attiré un public varié, présent aussi bien en salle qu’en ligne. Parmi les personnalités marquantes figuraient des représentants du Ministère des Relations internationales et de la Francophonie du Québec (MRIF), du Conseil supérieur de l’éducation, de la Ville de Montréal, etc. Des dirigeants universitaires, chercheurs, étudiants et acteurs de la Francophonie internationale ont également pris part aux discussions.

Mot de bienvenue du Prof. Jean-François Gaudreault-Desbiens, Vice-recteur à la planification et à la communication stratégiques – Université de Montréal.
La science face à la prédominance de l’anglais
Pour ouvrir les débats, le recteur de l’AUF, Slim Khalbous, a souligné un enjeu majeur : la prépondérance de l’anglais dans la production scientifique, avec 94 % des publications rédigées dans cette langue. « Ce n’est pas une guerre contre l’anglais, mais un combat pour la diversité des pensées, des visions du monde, des références culturelles », a-t-il affirmé. Il a appelé à une diplomatie scientifique francophone plus affirmée, à un rapprochement avec la jeunesse — notamment à travers les Clubs Leaders Étudiants Francophones (CLEF) — et à une approche fondée sur l’exploitation des données et des savoirs partagés.

« La Francophonie ne se décrète pas, elle se prouve. Par la rigueur, par l’utilité, par l’exemplarité. »
Des perspectives croisées sur les dynamiques francophones
Prof. Richard Marcoux, directeur de l’Observatoire démographique et statistique de l’espace francophone (ODSEF), a mis en lumière une véritable « reconfiguration tectonique » de l’espace francophone. Son intervention a décrypté les tendances démographiques récentes et leur impact sur la dynamique du plurilinguisme.
De son côté, Prof. Hervé Prince, directeur de l’Observatoire de la Francophonie économique, a mis en avant une fracture persistante : l’exclusion financière. Son équipe a développé une plateforme de données illustrant les inégalités entre les sexes, entre zones rurales et urbaines, et entre générations. « Pour que la Francophonie ait un sens économique, il faut garantir un accès équitable aux ressources, à l’innovation et à l’accompagnement », a-t-il souligné.
Marie Langevin, co-directrice de l’Observatoire francophone pour le développement inclusif par le genre, quant à elle, a abordé une autre forme d’inégalité : l’absence de données fiables sur les réalités des femmes. « Trop souvent, les bases de données ignorent ou simplifient les enjeux de genre », a-t-elle déploré. Son observatoire s’emploie à combler ce « fossé de données » en croisant des indicateurs économiques, sociaux et politiques afin de mieux représenter les réalités vécues par les femmes. « Une politique inclusive commence par une donnée inclusive », a-t-elle affirmé.

Les débats ont été animés par Jean-Frédéric Légaré-Tremblay, Conseiller principal du Cabinet du recteur de l’Université de Montréal. Ancien reporter et chroniqueur international pour Le Devoir, L’actualité et Radio-Canada, il a apporté son expertise pour enrichir les échanges et favoriser un dialogue dynamique entre les intervenants.
Une dynamique collective pour l’avenir de la Francophonie
La richesse des présentations a suscité de nombreuses réactions lors de la période de questions, marquée notamment par l’intervention de Mme Marie-Josée Audet, sous-ministre adjointe du Ministère des Relations internationales et de la Francophonie du Québec qui a salué « des données aussi robustes que précieuses pour éclairer nos politiques publiques ».
Cette conférence a confirmé que la Francophonie mondiale est en pleine mutation et que son avenir repose sur une approche collective, innovante et engagée. L’AUF entend poursuivre ce dialogue et renforcer les initiatives visant à repenser la coopération, l’éducation, l’économie et la diffusion du savoir au sein de l’espace francophone.
Revoir en images les moments forts de l’événement :